{"id":3710,"date":"2020-03-07T08:00:00","date_gmt":"2020-03-07T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/?p=3710"},"modified":"2020-03-04T20:52:42","modified_gmt":"2020-03-04T20:52:42","slug":"lodeur-du-pain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/2020\/03\/07\/3710\/","title":{"rendered":"L&#8217;odeur du pain"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/human-holding-a-bread-745988-1024x684.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3711\" srcset=\"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/human-holding-a-bread-745988-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/human-holding-a-bread-745988-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/human-holding-a-bread-745988-768x513.jpg 768w, https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/human-holding-a-bread-745988-1536x1026.jpg 1536w, https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/human-holding-a-bread-745988-2048x1368.jpg 2048w, https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/human-holding-a-bread-745988-449x300.jpg 449w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Mon ami Charles Naceur Aceval, un raconteur algerien a traduit ma petite histoire &#8220;L&#8217;odeur du pain&#8221; et il l&#8217;a combin\u00e9 avec les m\u00e9moires des odeurs de son enfance. Un conte des odeurs aim\u00e9es&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>(inspirer de l\u00b4ouvrage de Stefan Hammel \u00ab Der Grashalm in der W\u00fcste \u00bb)<\/p>\n\n\n\n<p> Les odeurs ! Ah les odeurs de mon enfance ! Elles collent \u00e0 mon \u00e2me. Parfums de mon pays, ma r\u00e9gion, ma m\u00e8re, ma grand-m\u00e8re, ma terre natale. Toutes ses odeurs \u00e0 jamais fix\u00e9es en moi ont construit une bonne partie de ce que je suis. De toutes ses senteurs, je voudrai vous parler de trois d\u00b4entre elles. Celles que je fais revivre continuellement comme un rituel. Surtout parce qu\u2019elles \u00e9manent de ma m\u00e8re que je sens toujours \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. \u00ab Une personne ne meurt que lorsqu\u00b4elle est oubli\u00e9e ! \u00bb dit un proverbe nomade.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La premi\u00e8re est l\u00b4odeur du caf\u00e9.<\/strong><br>Elle me renvoie \u00e0 l\u2019image de ma m\u00e8re assise par terre en tailleur sur une peau de mouton, et torr\u00e9fiant le caf\u00e9 dans un torr\u00e9facteur cylindrique en aluminium. De temps en temps, elle pr\u00e9levait un grain de caf\u00e9, le mettait dans sa bouche pour le croquer. C\u2019\u00e9tait ainsi qu\u2019elle \u00e9valuait la torr\u00e9faction. Une fois le caf\u00e9 torr\u00e9fi\u00e9 \u00e0 point, elle nous donnait \u00e0 ma soeur Nora et moi le petit moulin manuel \u00e0 caf\u00e9. Et tour \u00e0 tour nous tournions avec effort la manivelle qui nous renvoyait le doux bruit du grain qui s\u2019\u00e9crasait pour tomber en poudre dans un petit tiroir au bas. Une fois le caf\u00e9 moulu, ma m\u00e8re prenait dans le creux de la paume de sa main une petite quantit\u00e9 de poudre, y ajoutait une pinc\u00e9e de sucre et d\u2019un geste versait le petit tas dans sa bouche. C\u2019\u00e9tait ainsi qu\u2019avant la forme liquide, elle d\u00e9gustait le caf\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u00b4est qu\u00b4apr\u00e8s qu\u00b4elle mettait le reste dans le haut de la cafeti\u00e8re, la partie filtre, et passait l\u2019eau fr\u00e9missante qui laissait couler le caf\u00e9. Des effluves bien sp\u00e9cifiques embaumaient l\u2019air et nos narines. Dans le Sni, plateau en cuivre, elle alignait les petites tasses et posait \u00e0 c\u00f4t\u00e9, le Tbag, plat en alfa, garni de tranches de M\u00b4bessess (pain de semoule beurr\u00e9 et grill\u00e9). Nous nous r\u00e9galions alors sous l\u2019oeil tendre de notre m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mon deuxi\u00e8me souvenir d\u2019odorat est celui de l\u00b4encens.<\/strong><br>Un v\u00e9ritable rituel mystique pour chasser le mauvais oeil et les mauvais esprits. Dans un bras\u00e9ro en terre cuite, maman allumait du charbon et lorsque la braise prenait elle y jetait une pinc\u00e9e d\u2019encens. Puis tenant le bras\u00e9ro fumant dans les mains, elle se promenait dans toute la maison, pi\u00e8ce apr\u00e8s pi\u00e8ce, elle encensait les lieux en marmonnant quelques formules en directions des esprits et des<br> invisibles de la maison. Sans oublier les toilettes, car c\u00b4est l\u00e0 que se trouvent les<br> mauvais esprits. Puis elle posait le bras\u00e9ro \u00e0 terre, elle l\u2019enjambait et demeurait<br> debout au-dessus, un pied de chaque c\u00f4t\u00e9. C\u2019\u00e9tait alors que la fumigation se<br> r\u00e9alisait sous sa robe pour une purification du corps par le bas. Un myst\u00e8re que<br> cet acte magique et touchant \u00e0 la personne m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Enfin, l\u00b4odeur du pain.<\/strong><br> C\u00b4est l\u00b4odeur du pain, qui convoque le plus de souvenirs li\u00e9s \u00e0 ma m\u00e8re. C\u2019est<br> ma \u00ab madeleine de Proust \u00bb ! Comme par magie l\u2019odeur du pain chaud me<br> projette pour un voyage dans le temps et l\u2019espace.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans mon enfance, nous avions souvent faim. Ce n\u2019\u00e9tait pas la mis\u00e8re mais la<br> nourriture \u00e9tait rare et pr\u00e9cieuse. Et l\u00b4odeur du pain p\u00e9tri par ma m\u00e8re et sorti<br> du four banal, annon\u00e7ait le grand r\u00e9gal. Le pain est un symbole sacr\u00e9 dans<br> plusieurs cultures et en Alg\u00e9rie, on l\u2019aimait et le respectait. Pas une miette ne<br> se perdait, et surtout, \u00f4 sacril\u00e8ge, ne se jetait !<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la tristesse me submerge, lorsque rien ne se passe, rien ne bouge,<br> lorsque le temps s\u00b4arr\u00eate, je pr\u00e9pare un pain et l\u00b4odeur se propage dans tous<br> les recoins de la maison. L\u00e0, comme par enchantement, tout devient vivant. Un<br> sourire sur les l\u00e8vres, une larme sur la joue, je revis et ma m\u00e8re revient \u00e0 mes<br> c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Une histoire me revient. Une histoire qui a le parfum du feu de bois. Au temps<br> o\u00f9 la modernit\u00e9 et l\u00b4\u00e9lectricit\u00e9 n\u00b4avaient pas atteint les campagnes. Dans un<br> petit village vivait un boulanger seul avec sa femme. Son pain \u00e9tait appr\u00e9ci\u00e9 de<br> tous, et m\u00eame les gens des villages avoisinants n\u00b4h\u00e9sitez pas \u00e0 faire un long<br> chemin pour acheter le bon pain.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un jour le boulanger dit \u00e0 sa femme :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Les ann\u00e9es passent vite. Un jour, je n\u00b4aurais ni la force de porter les<br> lourds sacs de farine, ni celle de p\u00e9trir une grande quantit\u00e9 de p\u00e2te. Si<br> Dieu nous avait donn\u00e9 un fils, j\u00b4aurais pu lui transmettre l\u2019art et l\u2019amour<br> du m\u00e9tier.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p> Sa femme r\u00e9pondit :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Toi qui es g\u00e9n\u00e9reux et bon comme ton pain, prends un jeune homme et apprends-lui ton savoir-faire. Ainsi, le jour o\u00f9 tu ne pourras plus travailler, ton pain continuera \u00e0 faire le bonheur des familles.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s que la nouvelle soit r\u00e9pandue dans le pays, quatre jeunes gar\u00e7ons se pr\u00e9sent\u00e8rent chez le boulanger. Ce dernier ne savait lequel des quatre choisir. Il demanda conseil \u00e0 sa femme qui lui dit :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Envois-les moi \u00e0 la boulangerie et je te dirai lequel tu prendras comme apprenti.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Ainsi, fut fait. La femme du boulanger posa alors une question au premier jeune :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Pourquoi veux-tu devenir boulanger ?<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Il lui r\u00e9pondit :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>J\u00b4aime bien me lever \u00e0 l\u00b4aube et aller au lit de bonne heure. Ainsi je suis le premier \u00e0 apprendre les nouvelles du jour.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Au second, elle posa la m\u00eame question. Celui-ci expliqua :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>J\u00b4ai l\u00b4intention de me marier prochainement et faire des \u00e9conomies pour une vie nouvelle.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me r\u00e9pondit :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Etre boulanger c\u00b4est un m\u00e9tier s\u00fbr.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Lorsque le quatri\u00e8me p\u00e9n\u00e9tra, avant m\u00eame qu\u00b4elle ne lui posa la question, elle dit \u00e0 son mari :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>C\u00b4est lui qui sera un jour ton successeur.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Etonn\u00e9 le boulanger demanda :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Comment le sais-tu, tu ne lui as m\u00eame pas pos\u00e9 une question ?<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>La femme expliqua :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>C\u00b4est simple, lorsque ce jeune gar\u00e7on a franchi le seuil du moulin, un court moment il a ferm\u00e9 les yeux et hum\u00e9 l\u00b4odeur du pain.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p> Ainsi pour moi l\u2019odeur du pain, est devenue un monde o\u00f9 toutes les odeurs renvoient \u00e0 la m\u00e9moire de l\u2019\u00e2me. Et la m\u00e9moire est le bien pr\u00e9cieux de chacun, celle que personne ne volera \u00e0 personne et cela jusqu\u2019au jour dernier. Personnellement, ces parfums sont ma m\u00e9moire et ma m\u00e9moire aide mon \u00eatre \u00e0 voler par l\u2019odorat sur les ailes du temps et de l\u2019espace.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon bonheur est de ces petites choses qui comme le soupirail de Rimbaud donnent \u00e0 r\u00eaver.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis un orphelin heureux car je peux jouir des produits d\u2019o\u00f9 viennent mes odeurs et revivre ces moments heureux avec ma m\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n<p>Aceval Charles<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mon ami Charles Naceur Aceval, un raconteur algerien a traduit ma petite histoire &#8220;L&#8217;odeur du pain&#8221; et il l&#8217;a combin\u00e9 avec les m\u00e9moires des odeurs de son enfance. Un conte des odeurs aim\u00e9es&#8230; (inspirer de l\u00b4ouvrage de Stefan Hammel \u00ab &hellip; <a href=\"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/2020\/03\/07\/3710\/\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[281,1],"tags":[],"class_list":["post-3710","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-francais","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3710","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3710"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3710\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3713,"href":"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3710\/revisions\/3713"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3710"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3710"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.stefanhammel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3710"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}